François Morellet s’est réinstallé

François Morellet

François Morellet

Des néons, des lignes, des aplats, des angles, des bouts de bois… peu de matériaux, finalement, mais une oeuvre conséquente pour François Morellet, artiste né en 1926 à Cholet qui signe à Beaubourg sa 455ème exposition personnelle. Rien que ça !

Une exposition pour laquelle l’artiste s’est amusé à recomposer in situ une petite trentaine d’oeuvres déjà exposées dans d’autres hauts lieux de l’art depuis le début de sa longue carrière.

L’art de la géométrie
Dès les années 50, François Morellet s’attache aux formes les plus simples, les plus sobres, les plus géométriques et travaille autour de la répétition, du décalage, de l’ajout ou encore de la suppression. Son abstraction géométrique n’a pas vocation à émettre le moindre message, sinon celui de la réalité et de l’expérience visuelle. Des phrases qui, comme ça, peuvent paraître abstraites, mais qui pourtant seront très claires pour tous les heureux visiteurs de cette exposition qui s’est terminée hier soir. Oui, je suis sadique, oui, je ne vous en parle que le lendemain de sa clôture. C’est pas sympa, je le sais.

Lignes péteuses pour lignes lumineuses
Bon, si vous voulez vous la péter en soirée et avoir quelques éléments de culture à balancer au nez de vos amis, sachez que ce grand homme a été influencé par Theo Van Doesburg et Max Bill et qu’il se réfère aussi à Alphonse Allais, peintre qui ne manquait pas d’humour (on le connaît notamment pour son monochrome blanc - un des premiers vrais monochromes blancs, intitulé Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige, 1893) ou encore à Francis Picabia. Name dropping : check !

Et la lumière fut !
Puis vint le néon. Son oeuvre s’échappa alors des surfaces planes et limitées par leur surface. Les années 60 signent le début d’une ère… monumentale. Fondateur du GRAV (groupe de recherche d’art visuel), l’artiste devient aussi un architecte à part entière ; l’espace devient son nouveau terrain de jeu. Cette époque est notamment marquée par la création de l’oeuvre Labyrinthe, qui date de 1963, faite tout spécialement pour la Biennale de Paris, qui n’en était alors qu’à sa troisième édition.

Humour toujours
Le génie de François Morellet consiste, à mon avis, à réussir à se renouveler avec, pourtant, le strict minimum et des titres qui ne sont que les descriptions de ses oeuvres. Un vrai challenge où le manque de créativité ne pourrait passer inaperçu. Pourtant, plus que se renouveler, l’artiste parvient, peu à peu, à épurer ses oeuvres et à induire dans celles-ci une bonne dose d’humour. Il nous démontre ainsi, avec 2 lignes et 2 bouts de bois, comment un carré parvient à se libérer et met à l’épreuve notre regard, piégé dans ses habitudes, en quête de formes fermées, finies, identifiables et descriptibles en moins de 30 signes. Il se moque de nous, le papy, oui, oui, oui… et en plus c’est beau !

Le chaos issu de la règle
Enfin, l’oeuvre à mon avis la plus forte de cette exposition n’est autre que l’installation Avalanche, qui date de 1996. Pour cette oeuvre, l’artiste commence par dessiner un carré au plafong et une grille (6 lignes x 6 lignes) lui offrant 36 points de suspension pour autant de néons bleus. Pour bien vous expliquer le concept de l’oeuvre et ne pas paraphraser quelqu’un d’autre (et faire semblant d’avoir trouvé ça toute seule), je m’offre ici un beau copier-coller : il faut alors “choisir l’une des deux diagonales du carré et, d’un angle à l’autre, raccourcir progressivement les fils d’alimentation de sorte à ce que le premier néon soit parfaitement couché sur le sol, et le dernier parfaitement vertical. Entre ces deux extrêmes, les néons vont où ils veulent grâce au mou qui leur est accordé. Par cette Avalanche de tubes, Morellet obtient ainsi un rassemblement d’éléments qui semble d’autant plus cohérent que ses membres y prennent place de manière autonome.” Si vous voulez en savoir plus, tout est expliqué dans le cahier pédagogique du Centre Pompidou (dont on fête les 100 aujourd’hui. De Georges, s’il ne nous avait pas quitté, pas du Centre éponyme). Bref, une réussite. Encore. L’ordre et le chaos, donc, dans cette oeuvre lumineuse, tant au sens propre que figuré.

Vivement sa 456ème exposition. Morellet, on ne s’en lasse jamais.

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COMMENTAIRES / UN COMMENTAIRE

belle introduction (avec ce qu’il faut d’info pertinente et d’humour impertinent c’est parfait), ça me donne bien envie de voir la 456ème expo aussi!
Et de découvrir Alphonse Allais, qui m’a fait bien marrer avec le titre de son monochrome…
Il me faudra ton diagnostic sur la photo que j’ai en fond d’écran sur mon iphone et que j’avais prise à Pompidou il y a quelques années, c’est une oeuvre avec plein de tubes Néon dans tous les sens, je crois que ça pourrait être notre François, ça me ferait bien plaisir de savoir…
bisous!

Laura a dit un truc le 11 juil 11 à 09:47

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