Gérôme ou la modernité cachée.
La semaine dernière, l’exposition de Basquiat me ravissait. Sa fougue, ses compositions, ses corps démembrés, tout, chez le jeune camé new-yorkais, me rend dingue. Autant vous dire qu’aller voir Gérôme au Musée d’Orsay ne m’emballait guère. J’ai la chance d’avoir des gens autour de moi qui me forcent à ne pas voir uniquement ce que j’aime.
10 minutes de queue seulement – ça, c’est l’avantage des températures hivernales et de ces noms que l’on méconnaît – et l’exposition commence. 1824, naissance de l’artiste. Nous voilà partis pour 80 années de peinture néo-grecque, moderne, classique, antique, exotique, sensuelle, pompier, comme vous le voudrez. A chacun son point de vue. D’ailleurs, cette difficulté à le qualifier a justement accompagné l’artiste de son vivant. Reconnu mais critiqué, adoré mais moqué, l’artiste Jean-Léon Gérôme n’a en tous cas pas perdu de temps puisqu’à trente ans à peine, il présentait au Salon de 1847 son œuvre Jeunes Grecs faisant battre des coqs et voyait ainsi, du jour au lendemain, sa notoriété s’établir et son talent reconnaître.

Jeunes Grecs faisant battre des coqs. Jean-Léon Gérôme.
Evoquer l’œuvre entier de Gérôme serait inconvenant. Ce serait réduire son talent à quelques feuillets. Nous laisserons donc son catalogue raisonné et divers critiques, experts et conservateurs notoires vous en apprendre davantage sur le sujet. En revanche, les dernières lignes me serviront à louer la modernité de cet artiste dont les corps disproportionnés rappellent ceux d’Ingres, dont les majestueuses compostions valorisent autant la scène que les détails. Et dont le style l’empêchait d’être qualifié de moderne, alors même qu’il injectait une modernité insolente dans des sujets classiques.
Artiste fasciné par l’Antiquité qu’il découvre lors d’un voyage à Rome avec son maître, il peindra quelques scènes d’arène dont la cruauté jaillit de la toile. Pollice Verso (le pouce baissé) nous montre un rétiaire vaincu, implorant aux vestales de ne pas baisser le pouce. Pourtant, Gérôme peint ici la cruauté de ces femmes (et par extension, l’hypocrisie cléricale) qui annonce le sort funèbre de l’homme à terre. Théophile Gautier, proche de l’artiste dont il partage la passion de l’Antiquité, dira d’ailleurs : « Au moins, ces spectacles inspiraient un noble mépris de la vie et ne manquaient pas d’une sorte de grandeur sauvage ». Lui qui opposait « la grandeur des jeux à la boue des vaudevilles » (François Legrand), voyait dans les œuvres de Gérôme une modernité toute autre de celle, contemporaine, de Monet. Celle-ci annonce en effet le début de la société de spectacle. D’ailleurs, cette œuvre n’est pas uniquement une représentation des jeux du cirque romains, elle est aussi une image qui a inspiré le cinéma. Ridley Scott, en 2000, acceptera de tourner Gladiator après avoir vu cette toile. Il reproduira d’ailleurs exactement cette image dans un de ses plans.

Pollice Verso. Jean-Léon Gérôme.
Gérôme, ce n’est donc pas une vulgaire peinture historique, mais l’œuvre d’un artiste brillant qui faisait fi des conventions ; peut-être même est-ce pour cela qu’on l’adore outre-Atlantique alors qu’en France, il nous aura fallu 106 ans avant de voir ses œuvres réunies sous un seul toit. A ce titre, Guy Cogeval, président du Musée d’Orsay, mérite des honneurs à s’attelant à cette tâche. Un affaire rondement menée ; la scénographie, la lumière, tout fonctionne. Et l’exposition a cette qualité de n’être ni trop longue, ni trop courte.
Peut-être aurais-je, dans les jours qui viennent, le courage d’écrire quelques lignes sur le Bain Turc et l’Intérieur Grec, deux peintures mettant en valeur d’incroyables corps féminins qui n’ont rien à envier à ceux d’Ingres.
COMMENTAIRES / UN COMMENTAIRE
Pier E. a dit un truc le 09 juin 11 à 17:17cool les filles,
passez jeter un coup d’œil à mon blog
la bise
P.
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